Auteur/autrice : anne(tte) (Page 1 of 11)

Lotta sait tout faire – Astrid Lindgren

Charmant. Adorable… avec une petite touche d’impertinence.

C’est comme ça que j’aimerais présenter Lotta sait tout faire. Petite pépite rapportée de la bibliothèque pour réconforter un soir de « jour sans », trop plein de grisaille et de tensions…

Astrid Lindgren, c’est une très grande dame de la littérature jeunesse… Sa petite Fifi Brindacier est la chouchoute de mes enfants depuis tout petits ! Mais je n’avais jamais lu encore d’autre livre d’elle.

Pour le coup, les enfants ont été plus rapides que moi : cela fait plusieurs semaines déjà qu’ils m’en parlent, à coups de « maman, tu devrais trop le lire… » Une telle unanimité, de 10 à 16 ans, ça interpelle !

Je me suis donc plongée dans Lotta sait tout faire, un soir… C’est un petit recueil de trois histoires, magnifiquement illustrées par le crayon tendre de Beatrice Allemagna… Et j’ai découvert la petite Lotta, presque 5 ans, aux minuscules aventures pleines de vie…

Parce que, comme me l’expliquait doctement mon loulou de 10 ans : « quand tu réfléchis, il ne se passe pas grand chose, en fait… » avant d’ajouter que « pourtant, c’est bien. » Mystère insondable pour ce grand garçon qui aime les aventures trépidantes.

On est plongé dans le quotidien à hauteur d’enfant, avec lapin de Pâques (et sorcières du Jeudi Saint !), excitation du sapin de Noël ou d’une première fois à vélo… avec une petite touche de dépaysement, donc, puisque ce quotidien est celui d’une petite suédoise (et visiblement, les traditions ne sont pas toutes les mêmes là-bas, d’où les sorcières du Jeudi Saint !).

Et c’est délicieux comme un bonbon du samedi…

Pour le feuilleter vous aussi, il suffit de cliquer ici…

À déguster pour les vacances, ou avant, ou après, avec des loulous de tous âges – mes enfants sont « un peu grands » pour ce livre… mais ils se sont régalés quand même ! Et même si ce n’est pas un album, il peut faire une belle histoire du soir pour des « un peu grands »… à la prochaine occasion, je le présenterai à mes petits lecteurs de moyenne ou grande section ! 😉

Brèves de solitude – Sylvie Germain

C’est un petit bijou de littérature.

Chaque chapitre est comme une nouvelle, petite perle ronde, polie, brillante. Toutes ensemble, elles forment autre chose, se complétant, se répondant, faisant écho… enfilées sur un fil qui n’est pas tout à fait une histoire, qui serait plutôt un lieu, un moment particulier…

Ce moment particulier, ce sont les jours qui précèdent l’apparition du Covid, et les jours qui suivent ce basculement que chacun a vécu à sa manière. Mais le coronavirus n’est pas le sujet du livre. Ce dont parle le livre, ce sont les gens, ces personnes qui se croisent, se côtoient, se rencontrent parfois et rarement, se comprennent…

Le livre commence dans un square : quelques arbres, des bancs, des jeux pour enfant plantés dans un tapis de mousse en plastique de couleur vive. Des passants s’y arrêtent, s’y croisent, des enfants y jouent. Tour à tour, nous entrons dans la vie de ces personnages, les regards se croisent, on va derrière les apparences… C’est une petite humanité en miniature, prise dans un périmètre de quelques rues et en même temps, universelle.

Puis chacun se retrouve enfermé dans son appartement, toujours trop petit, dans ce quotidien sorti du flux normal du temps, ensemble sans être ensemble…

Sylvie Germain s’amuse à nous entraîner chez l’un, chez l’autre, à nous les faire découvrir sous un autre angle, un autre nom, lever des malentendus… C’est la fois rempli d’humanité et un peu triste, comme si l’espoir était parti et pas encore revenu…

J’ai beaucoup aimé ce livre, son écriture, l’assemblage des ses chapitres nouvelles, les échos et les correspondances, ce récit doux-amer qui vient toucher au cœur… Je me demandais si le confinement inspirerait des œuvres littéraires et à quoi elles ressembleraient… Brèves de solitude est une belle réponse.

Femmes en colère – Mathieu Menegaux

Comme au théâtre, tout va se jouer en quelques heures : unité de lieu, unité de temps, unité d’action.

Le lieu, c’est la Cour d’Assises de Rennes, où bien de se tenir un procès ultramédiatisé. Le temps, ce sont les quelques heures qui conduisent au verdict. Et l’action, ce sont ces délibérations invisibles qui scellent un destin, disent la justice peut-être, et resteront pour toujours secrètes.

Le rideau se lève après les débats, le défilé des témoins, les plaidoiries. Au moment où le public sort de la salle pour déambuler dans les couloirs, à attendre. Où l’accusée rejoint sa cellule, et n’a plus qu’à attendre et à se souvenir. Et où neuf hommes et femmes vont devoir décider ensemble. Est-elle coupable ? Et si oui, comment doit-elle être punie ?

Bien sûr, on pense au film Douze Hommes en Colère, qui met en scène des jurés après un procès, aux États-Unis. Mathieu Menegaux le sait bien, et il en joue, avec son titre d’abord, et en nous éclairant aussi sur le système judiciaire français. Ici, on ne refera pas le procès en examinant à nouveau les pièces à conviction. Les jurés ne pourront s’appuyer que sur ce qu’ils ont entendu, et les notes qu’ils auront prises. Ici, il y a bien des jurés tirés au sort (hommes ou femmes) mais seulement six, accompagnés de trois magistrats qui sont là pour leur connaissance de la loi.

Par la magie de la littérature, il va nous faire entrer dans leur tête, les connaître intimement, avec leur histoire, leurs doutes, leurs idéaux. Dans une tension qui ne fera que monter, dans le va et vient entre la salle des délibérés et la cellule de la prison de Rennes, où Mathilde Colignon attend.

On le sait dès le début : Mathilde Colignon a commis un acte horrible, barbare même, sans l’ombre d’un doute possible. Cet acte fait-il d’elle un monstre ? Peut-il avoir une justification ?

Les indices nous sont distillés petit à petit, et petit à petit l’histoire se recompose. On comprend vite qu’il s’agit de violences perpétrées par une femme, mais aussi de violence faite aux femmes, et que Mathilde Colignon est à la fois coupable et victime.

Faut-il comprendre son acte pour le juger ? Ou au contraire, refuser de le comprendre ? Quel est le rôle de la justice, finalement, condamner ou non, ou bien donner un exemple, envoyer un signe fort ? Et si oui, lequel ?

Les points de vue sont multiples, et Mathieu Menegaux ne nous en impose jamais aucun. Dans cette variété de regards et d’opinions, à chacun de se faire la sienne, librement.

C’est un livre tout en tension, qui se lit d’une traite, un livre qui marque… pour ne rien vous cacher, je l’ai fini il y a quelques temps déjà. Ces derniers mois ont été très chargés pour moi, et me laissaient bien peu d’énergie pour lire ou pour écrire sur le blog… et pourtant, ce roman m’a laissé un souvenir très net, même des semaines après. Au point que je n’ai eu besoin de le feuilleter que pour vérifier le lieu de la Cour d’Assises ou le nom de l’accusée.

Un livre aussi percutant que sa couverture… à conseiller, incontestablement.

Les Sept Morts d’Evelyn Hardcastle – Stuart Turton

Voici un livre qui, en plus d’avoir une sublime couverture, est tout à fait diabolique. Un manoir anglais, un mystère de famille, une fête de la haute société, un meurtre… tous les ingrédients sont là. Mais avec pourtant une originalité assez… unique (je dirais bien « une originalité très originale » mais ça ne voudrait rien dire… et pourtant, il est original de façon très originale ! :P).

L’éditeur nous annonce la couleur dès la quatrième de couverture : « Mixez Agatha Christie, Downton Abbey et Un jour sans fin… vous obtiendrez le roman le plus divertissant de l’année ».

Avec un tel menu, comment résister ? À force de le voir et le revoir sur les réseaux sociaux, j’ai craqué. Il était disponible par la bibliothèque, il suffisait de réserver… et de patienter. J’étais toute contente quand je l’ai vu arriver dans les livres mis de côté pour les lecteurs !

Évidemment, après autant d’attente, il y avait un vrai risque de déception. Et c’est peu dire que les premières pages m’ont déconcertée. La quatrième de couverture (toujours elle) posait pourtant des bases :

« Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée.
Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?
Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre.
Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.
Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle. »

Dans les premières pages, nous découvrons ainsi le narrateur, et une femme est assassinée… sauf qu’elle est assassinée le matin, et pas dans une demeure anglaise mais dans la forêt.. et le narrateur ne s’appelle pas Aiden Bishop . D’ailleurs, la femme ne s’appelle pas Evelyn Hardcastle non plus.

Est-ce qu’on se serait trompé de livre ?

En plus, ce pauvre narrateur est totalement amnésique. Il ne sait pas ce qu’il fait là, ni même où il est, qui il est, qui sont les autres personnages… Pour nous guider dans une histoire compliquée, on pourrait imaginer mieux…

… mais bien sûr, tout ça est fait exprès. Les pièces sont en train de se mettre en place, rigoureusement, et tout va s’emboiter petit à petit pour faire apparaître une intrigue où il sera effectivement question d’une Evelyn Hardcastle et d’un Aiden Bishop (dans une luxueuse demeure anglaise) mais où surtout chaque petit détail compte, et tout s’assemble dans un formidable jeu d’esprit qui reste brillantissime jusqu’à la fin…

Je ne vous raconte pas (ce serait trop dommage) mais sachez juste que si je suis souvent déçue par les intrigues complexes, là, tout est parfait, sans défaut… et sans qu’on s’y perde (même si j’ai parfois vérifié en retournant quelques pages en arrière si, effectivement, tel personnage avait bien dit ou fait ceci ou cela… sans jamais prendre en défaut l’auteur !).

C’est donc à la fois un livre policier, un jeu d’énigme, et un roman qui s’appuie sur une histoire très réussie (parce que ça pourrait être une « histoire prétexte » à un jeu de virtuosité… mais non). J’ai adoré chacune de ses étapes. Et j’ai même pardonné au narrateur amnésique d’être amnésique. 😉

Gros coup de cœur donc, et dont la couverture est encore plus magnifique en poche (ce qui n’est pas peu dire !).

Les faits et gestes de la famille Papillon – Florence Hinckel

Quel drôle de livre que cette histoire de la famille Papillon ! Vraiment…

Je me suis lancée dedans sans beaucoup hésiter. Il suffit que je sache qu’il était écrit par Florence Hinckel et je plonge les yeux fermés. Yannis (de U4), Le grand saut, et surtout #Bleue qui est l’un de mes livres favoris de tous les temps… J’aime cette manière sensible et juste de décrire les sentiments, les personnages, ces histoires qui font réfléchir…

Autant dire que je n’étais pas préparée à rencontrer la famille Papillon.

Là, on est dans complètement autre chose… Quelque chose de fantaisiste, rigolo, farfelu, coloré, extravagant… exactement comme la couverture.

Nous voici donc embarqués dans la vie de la famille Papillon, et plus précisément celle de Éva Papillon, qui vient de fêter ses 13 ans. Grande fête familiale, comme sa famille farfelue sait si bien les faire… sauf que, le soir, au moment de lui souhaiter une bonne nuit et de lui dire qu’ils l’aiment, son père, sa grand-mère et son arrière-grand-papy lui expliquent qu’elle ne pourra plus jamais quitter leur maison !?

C’est que, dans la famille Papillon, on a un pouvoir assez atypique, que grand-papy Robert va peu à peu lui dévoiler… tandis qu’Éva, qui n’est pas du genre à attendre sans rien faire enfermée dans sa chambre, va chercher à comprendre de son côté.

Oui, parce qu’il faut que je vous dise : le rôle historique de la famille Papillon a été honteusement tu dans les manuels officiels, heureusement que le roman de Florence Hinckel est là pour rétablir enfin la vérité…

Passé la surprise (qui m’a un peu déstabilisée) de ce changement de style, j’ai beaucoup aimé la fantaisie de cette histoire, inventée à partir d’une collection de photos insolites… Certaines sont un peu anecdotiques, d’autres jouent vraiment un rôle dans l’histoire, mais toutes contribuent à ce côté décalé et fantaisiste…

Mais qui est ce mystérieux enfant ? Et à qui appartient cette ombre ?
Cette photo-ci va jouer un rôle important dans l’histoire…

J’ai beaucoup aimé aussi les histoires de grand-papy Robert, savoureuse réécriture d’événements réels plus ou moins connus… Florence Hinckel joue avec les situations, les références… Des clins d’œil que mes deux ados ont bien apprécié aussi.

Même si elle écrit dans un genre très différent, on retrouve la finesse de son écriture, des personnages vivants et réussis… mon coup de cœur va au chien Tchouki qui est vraiment irrésistible ! 😛

C’est un livre qui se lit très vite, et qu’on finit avec un goût de trop peu… le tome 2 est à la bibliothèque, il faut que je me le procure ! Mes deux miss l’ont déjà lu… et attendent avec impatience le tome 3, qui vient de sortir.

Ceci-dit, contrairement aux autres romans de Florence Hinckel que j’ai lu, celui-ci est clairement destiné à des enfants plus jeunes (l’éditeur dit 10-14 ans, je suis assez d’accord avec lui). Certains rebondissements ne sont pas vraiment des surprises pour des yeux d’adulte… mais pas grave, parce qu’on est là pour passer un bon moment, et c’est réussi !

Une dernière anecdote pour la route ?

Les pouvoirs familiaux ont aussi leur face sombre… mais chut… je vous laisse découvrir !

Pour feuilleter les premières pages, sur le site de l’éditeur, c’est ici.

Et pour découvrir (un peu) la collection de photos de Jean-Marie Donat, c’est là.

Coraline – Neil Gaiman (illustré par Aurélie Neyret)

Dans la maison de Neil Gaiman, quand il était petit, il y avait une porte qui ouvrait sur un mur. C’est comme ça qu’il a eu l’idée, des années plus tard, de l’histoire de Coraline.

J’ai lu ça quelque part – je ne sais pas si c’est vrai, mais je l’imagine tellement, cet « enfant sauvage élevé dans une bibliothèque » (c’est comme ça qu’il décrit son enfance) devant cette porte fermée, essayant par la force de son imagination de découvrir ce qui se cache de l’autre côté…

Coraline aussi est une petite fille un peu sauvage, enfin laissée à elle-même pendant que ses parents travaillent sur leur ordinateur. Dans leur nouvelle maison, elle n’a pas grand chose à faire, alors elle explore : la maison, le jardin… et elle découvre cette porte fermée à clef qui ne semble mener nulle part.

Bien sûr, sa maman lui montre : la porte s’ouvre et derrière, c’est un mur. Mais tout de même, pourquoi fermer cette porte à clef ?

… bien sûr, Coraline va franchir la porte, et bien sûr, derrière cette porte, se cache un monde extraordinaire, fabuleux et inquiétant…

Coraline, j’en avais entendu parler, forcément, entre le succès du livre et l’adaptation en film. C’est devenu une sorte de classique de littérature jeunesse. Pourtant, je ne l’avais jamais lu. J’avais des images en tête (l’affiche du film, en fait), j’imaginais un univers à la Tim Burton, mais cela ne m’attirait pas plus que ça.

Ce qui m’a décidé à le lire, c’est la sortie de la très belle version illustrée par Aurélie Neyret. C’est-à-dire que, sans savoir qui était l’illustratrice, j’ai été happée par la couverture… et je me suis dit : « et si je le lisais, finalement, ce livre ? »

C’est vrai qu’il y a quelque chose de Alice au Pays des Merveilles dans Coraline : le monde extraordinaire derrière la porte, la fantaisie des personnages… mais un pays des merveilles maléfique, où il faut se méfier des apparences et où les choses cachent une noirceur qui finit toujours par sortir…

Aurélie Neyret sait à merveille recréer cette ambiance inquiétante, dans les images les plus colorées comme dans les dessins en noir et blanc…

C’est un belle histoire, captivante, qui fait un peu peur (mais pas trop), dans laquelle mes deux grandes miss de 13 et 15 ans ont plongé avec délices… et moi aussi.

Ces yeux remplacés par des boutons, qui m’avaient paru anecdotiques quand j’avais entendu parler du film, sont une vraie trouvaille, qui nous fait passer de quelque chose d’enfantin et presque adorable (la poupée ou l’ours de notre enfance) à quelque chose de soudain inquiétant, et même glaçant…

Entre ces deux mondes erre un chat noir mystérieux, plein de sagesse mais pas toujours bienveillant, étrange, inquiétant ou réconfortant, formidable personnage énigmatique…

On s’étonne avec Coraline, on tremble avec elle, et l’histoire est riche de ces petits détails qui donnent à l’objet le plus banal un pouvoir extraordinaire.

Tout est merveilleusement construit, de bout en bout.

Un classique qui mérite sa place de classique !

À partir de quel âge ? Je me suis posé la question, cherchant des livres pour des CE1/CE2. Et même pour mon grand de CM2. J’ai lu partout que c’était un excellent livre d’horreur à partir de 13 ans… et il y a de ça, incontestablement.

Mais pour les plus grands, c’est vraiment un livre à conseiller, surtout dans cette très belle version illustrée.

À vous de le lire, et de me dire ce que vous en pensez ! Et pour en savoir plus sur l’histoire, je vous laisse écouter cette chronique de France Inter, où une libraire le raconte (mais pas trop) merveilleusement bien… Il suffit de cliquer ici.

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