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Mes chroniques lecture

Lectures d’été

Deux livres très différents dont j’ai envie de vous parler… Leurs points communs ? Ils étaient dans mon sac pour les vacances. 😉

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Vango, de Timothée de Fombelle : un grand (et gros) roman d’aventure, avec du mystère, des rebondissements, de beaux personnages… Il est écrit par Timothée de Fombelle et il n’y a pas besoin d’en dire plus : on sait qu’on va être embarqué, ému, dépaysé, qu’il y aura du sens, du suspens, de l’espoir…

On y découvre Vango, orphelin au passé mystérieux, échoué un jour sur une plage sur une île de Sicile, accompagné par une femme qui a tout oublié sauf qu’elle est sa nourrice, et qui parle l’italien, le français, l’anglais, le russe ou le grec… aucun indice sur leur pays d’origine, aucun indice tout court à part un mouchoir brodé…

On est à la fin des années 30, on fait le tour du monde en dirigeable, les uniformes nazis envahissent l’Allemagne, les jeunes femmes conduisent des voitures à toute allure sur les routes d’Écosse, quelques amis rêvent de maintenir la paix malgré tout… et Vango est poursuivi par des personnages mystérieux, qui veulent sa mort sans qu’il puisse comprendre pourquoi…

Ce premier tome s’arrête sur quelques révélations et encore plus de suspens.

Il a été dévoré très rapidement par mes deux miss de 16 et 13 ans, et leur frère de 11 ans va forcément adorer aussi ! Moi, je l’ai lu tout aussi vite mais je fais une pause entre les tomes – après avoir vérifié que le tome 2 commence par un petit résumé… idéal pour moi qui ne peut (presque) jamais enchaîner les tomes d’une même série.

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Kill the Indian in the child, d’Élise Fontenaille : un roman très court, percutant, sur un sujet très dur, inspiré d’une histoire vraie.

Au Canada, jusqu’au milieu des années 90, les jeunes indiens étaient obligés d’aller dans des pensionnats destinés à les « rééduquer », faire disparaître tout ce qui était indien en eux pour en faire de « vrais occidentaux ». J’avais déjà entendu parler de ces pensionnats, et des dégâts terribles qu’ils ont pu faire, créant des générations de déracinés, n’appartenant vraiment à aucun monde, sans repères… Je n’avais pas conscience par contre des sévices terribles qui avaient pu être commis dans ces établissements tenus par des religieux. Le livre nous les fait découvrir, aux côtés du jeune Mukwa (mais pas question de l’appeler comme ça, là-bas, ce sera « numéro 15 »). Et même si certaines choses sont suggérées, c’est très (très) dur…

C’est très bien écrit. La forêt, la vie sauvage, les murs du pensionnat, l’hypocrisie des uns, le sadisme des autres… On est plongé dedans, sans filtre. En même temps, une touche de fantastique vient transfigurer l’histoire, la rendre plus supportable et l’emmener sur un autre registre…

On en sort bouleversé et un peu sonné.

Un beau livre, à réserver aux adultes et aux ados les plus grands : ma miss de 16 ans l’a beaucoup aimé, mais je ne suis pas sûre de le proposer à sa sœur de 13 ans tout de suite… Même si elle a déjà entendu parler de sujets tout aussi difficiles, c’est autre chose de les lire décrits par des yeux d’enfant…

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Les lectures de vacances ne sont pas finies… je vais pouvoir aller reremplir mon sac ! 🙂

Instagrammable – Éliette Abécassis

Difficile de faire preuve de recul quand il s’agit des réseaux sociaux, que ce soit sur la manière dont nous les utilisons ou ce que nous voyons autour de nous… Bien sûr, « ils ont envahi notre vie », « ils sont partout »… On en parle, on commente… mais ce qu’on en dit, est-ce vraiment vrai ? Est-ce qu’on ne reste pas un peu à la surface ?

Je me souviens, en vacances, de cette (très jolie) jeune fille qui brandissait fièrement une barbapapa dans la rue, telle la statue de la liberté… un (ou une) ami(e), téléphone en main, immortalisait l’instant… Puis, la jeune fille regardait l’écran, échangeait quelques mots, reprenait la pose…

A-t-elle finalement mangé sa barbapapa ? La photo a-t-elle été retouchée, filtrée, partagée, publiée ? Qu’est-ce qui se joue vraiment dans cette petite scène, qui paraît un peu absurde regardée de l’extérieur mais que les protagonistes trouvent sans doute parfaitement naturelle ?

C’est un peu à tout ça que s’attaque Éliette Abécassis dans Instagrammable. Les réseaux sociaux, les réputations qui s’y font et s’y défont, les petits mensonges, les sentiments sincères ou surjoués, la vie à travers un filtre… On y suit des lycéens, mais aussi quelques parents (pas forcément plus au clair sur leur relation avec les réseaux sociaux) au sein d’une histoire mi-comédie mi-drame, acide, sans complaisance…

La quatrième de couverture parle de « Liaisons dangereuses à l’ère d’Instagram » et c’est sans doute le coup de génie du livre, d’avoir rapproché la superficialité de notre époque de celle des salons du XVIIIème siècle, où rien n’est pire que perdre sa réputation et où on rencontre les manipulateurs les plus cyniques comme les jeunes gens les plus candides… C’est un des petits plaisirs du livre de trouver ces rapprochements, des résonances, qui font de nos questions contemporaines des sujets intemporels…

Le livre est bien écrit, l’histoire bien montée, on a envie de connaître la suite et il se lit d’un trait. Pourtant, je l’ai refermé avec l’impression que quelque chose aurait pu aller plus loin, plus profond peut-être… Comme si tout cela était décrit un peu « de l’extérieur », n’avait pas réussi à me faire vraiment entrer dans la tête de ces ados pris dans les méandres des relations virtuelles. Avec le sentiment de ne pas avoir perçu « de l’intérieur » ce qu’Instagram représentait vraiment pour eux. Alors que, d’un autre côté, je suis immédiatement entrée dans la tête des parents – ah ! la réunion parent-professeurs sur le labyrinthe de Parcours Sup… ça sent vraiment le vécu ! Et que les regards multiples posés sur les parents par leur ado, leurs relations adultes, étaient si réussis…

Est-ce que c’est parce que j’ai des ados à la maison que je n’ai pas reconnu leur manière de penser, de parler ? Ma miss de 16 ans, qui l’a aussi lu d’une traite, a protesté que les ados (elle, ses amis) ne sont pas comme ça. Et précisé que telle scène, présentée comme instagrammable, l’était à une époque mais ne l’est plus maintenant… tout évolue si vite sur les réseaux sociaux…

Alors, le roman qui dira tout d’Instagram n’a sans doute pas encore été écrit… mais Instagrammable est plus qu’une tentative, plutôt une étape, un premier discours… Intéressant à lire et encore plus à discuter et commenter (on en a bien parlé en famille !).

Vous me direz, si vous le lisez, ce que vous en avez pensé ?

(en photo, en haut de l’article, un homard brodé hautement instagrammable… ou pas ?)

Une fille dans la foule – Charlotte Bousquet

C’est un petit livre glissé dans mon sac, juste avant de partir, sur les conseils de ma grande… Il n’avait pas l’air trop long, je cherchais une lecture facile… pourquoi pas ?

Finalement, il est passé de main en main pendant ces vacances où, décidément, on aurait dû prendre plus de livres (les belles heures de lecture, avant ou après la plage, au chant des cigales… le bonheur, quoi !).

Première surprise : c’est un livre illustré. Ou plutôt, c’est une histoire avec des dessins. Parce que Roxane dessine. C’est elle qui raconte, sa vie de lycéenne de terminale, sa meilleure amie qu’elle suit sans trop savoir où est sa place, ses questions, ses doutes…

Charlotte Bousquet la fait exister, vraiment. C’est une vraie ado d’aujourd’hui, dont les copains participent à des marches pour le climat ou militent sur internet. Mais c’est surtout une vraie ado tout court, qui ressemble à l’ado qu’on a été à une époque où il n’y avait ni marche pour le climat ni internet, à l’ado qu’on a gardé en nous, quelque part… Quelle est ma place dans le monde ? Qu’est-ce que je veux vraiment ? Qu’est-ce que j’ai en moi à exprimer, à faire, qui soit à moi et qui ne vienne pas des autres ?

Parce que ce n’est pas (pas vraiment) un livre sur le climat. Même si tout commence par une manifestation pour le climat… Ce jour-là, quelque chose arrive, qui casse, abîme, et va demander à Roxane de se reconstruire… L’histoire de Roxane est donc aussi l’histoire de ce chemin pour revivre, et (re)devenir soi.

J’ai lu ce livre d’un trait, le trouvant tellement plus juste que d’autres histoires d’ados que j’ai pu lire avant, loin des stéréotypes – c’est une vraie ado donc une vraie personne, et c’est sans doute pour ça qu’on peut s’y reconnaître, quel que soit notre âge…

L’alternance du texte et des dessins a un sens, ou plutôt, les dessins font partie du récit. J’admire l’auteur d’avoir su créer cet équilibre-là.

C’est un livre qui parlera aux ados, mais pas que, parce que quand on raconte la vraie vie, on peut toucher tout le monde… Et un livre tourné vers l’espoir (ça, ça fait du bien !).

Pour feuilleter le livre, c’est ici. 😉

Brèves de solitude – Sylvie Germain

C’est un petit bijou de littérature.

Chaque chapitre est comme une nouvelle, petite perle ronde, polie, brillante. Toutes ensemble, elles forment autre chose, se complétant, se répondant, faisant écho… enfilées sur un fil qui n’est pas tout à fait une histoire, qui serait plutôt un lieu, un moment particulier…

Ce moment particulier, ce sont les jours qui précèdent l’apparition du Covid, et les jours qui suivent ce basculement que chacun a vécu à sa manière. Mais le coronavirus n’est pas le sujet du livre. Ce dont parle le livre, ce sont les gens, ces personnes qui se croisent, se côtoient, se rencontrent parfois et rarement, se comprennent…

Le livre commence dans un square : quelques arbres, des bancs, des jeux pour enfant plantés dans un tapis de mousse en plastique de couleur vive. Des passants s’y arrêtent, s’y croisent, des enfants y jouent. Tour à tour, nous entrons dans la vie de ces personnages, les regards se croisent, on va derrière les apparences… C’est une petite humanité en miniature, prise dans un périmètre de quelques rues et en même temps, universelle.

Puis chacun se retrouve enfermé dans son appartement, toujours trop petit, dans ce quotidien sorti du flux normal du temps, ensemble sans être ensemble…

Sylvie Germain s’amuse à nous entraîner chez l’un, chez l’autre, à nous les faire découvrir sous un autre angle, un autre nom, lever des malentendus… C’est la fois rempli d’humanité et un peu triste, comme si l’espoir était parti et pas encore revenu…

J’ai beaucoup aimé ce livre, son écriture, l’assemblage des ses chapitres nouvelles, les échos et les correspondances, ce récit doux-amer qui vient toucher au cœur… Je me demandais si le confinement inspirerait des œuvres littéraires et à quoi elles ressembleraient… Brèves de solitude est une belle réponse.

Femmes en colère – Mathieu Menegaux

Comme au théâtre, tout va se jouer en quelques heures : unité de lieu, unité de temps, unité d’action.

Le lieu, c’est la Cour d’Assises de Rennes, où bien de se tenir un procès ultramédiatisé. Le temps, ce sont les quelques heures qui conduisent au verdict. Et l’action, ce sont ces délibérations invisibles qui scellent un destin, disent la justice peut-être, et resteront pour toujours secrètes.

Le rideau se lève après les débats, le défilé des témoins, les plaidoiries. Au moment où le public sort de la salle pour déambuler dans les couloirs, à attendre. Où l’accusée rejoint sa cellule, et n’a plus qu’à attendre et à se souvenir. Et où neuf hommes et femmes vont devoir décider ensemble. Est-elle coupable ? Et si oui, comment doit-elle être punie ?

Bien sûr, on pense au film Douze Hommes en Colère, qui met en scène des jurés après un procès, aux États-Unis. Mathieu Menegaux le sait bien, et il en joue, avec son titre d’abord, et en nous éclairant aussi sur le système judiciaire français. Ici, on ne refera pas le procès en examinant à nouveau les pièces à conviction. Les jurés ne pourront s’appuyer que sur ce qu’ils ont entendu, et les notes qu’ils auront prises. Ici, il y a bien des jurés tirés au sort (hommes ou femmes) mais seulement six, accompagnés de trois magistrats qui sont là pour leur connaissance de la loi.

Par la magie de la littérature, il va nous faire entrer dans leur tête, les connaître intimement, avec leur histoire, leurs doutes, leurs idéaux. Dans une tension qui ne fera que monter, dans le va et vient entre la salle des délibérés et la cellule de la prison de Rennes, où Mathilde Colignon attend.

On le sait dès le début : Mathilde Colignon a commis un acte horrible, barbare même, sans l’ombre d’un doute possible. Cet acte fait-il d’elle un monstre ? Peut-il avoir une justification ?

Les indices nous sont distillés petit à petit, et petit à petit l’histoire se recompose. On comprend vite qu’il s’agit de violences perpétrées par une femme, mais aussi de violence faite aux femmes, et que Mathilde Colignon est à la fois coupable et victime.

Faut-il comprendre son acte pour le juger ? Ou au contraire, refuser de le comprendre ? Quel est le rôle de la justice, finalement, condamner ou non, ou bien donner un exemple, envoyer un signe fort ? Et si oui, lequel ?

Les points de vue sont multiples, et Mathieu Menegaux ne nous en impose jamais aucun. Dans cette variété de regards et d’opinions, à chacun de se faire la sienne, librement.

C’est un livre tout en tension, qui se lit d’une traite, un livre qui marque… pour ne rien vous cacher, je l’ai fini il y a quelques temps déjà. Ces derniers mois ont été très chargés pour moi, et me laissaient bien peu d’énergie pour lire ou pour écrire sur le blog… et pourtant, ce roman m’a laissé un souvenir très net, même des semaines après. Au point que je n’ai eu besoin de le feuilleter que pour vérifier le lieu de la Cour d’Assises ou le nom de l’accusée.

Un livre aussi percutant que sa couverture… à conseiller, incontestablement.

Les Sept Morts d’Evelyn Hardcastle – Stuart Turton

Voici un livre qui, en plus d’avoir une sublime couverture, est tout à fait diabolique. Un manoir anglais, un mystère de famille, une fête de la haute société, un meurtre… tous les ingrédients sont là. Mais avec pourtant une originalité assez… unique (je dirais bien « une originalité très originale » mais ça ne voudrait rien dire… et pourtant, il est original de façon très originale ! :P).

L’éditeur nous annonce la couleur dès la quatrième de couverture : « Mixez Agatha Christie, Downton Abbey et Un jour sans fin… vous obtiendrez le roman le plus divertissant de l’année ».

Avec un tel menu, comment résister ? À force de le voir et le revoir sur les réseaux sociaux, j’ai craqué. Il était disponible par la bibliothèque, il suffisait de réserver… et de patienter. J’étais toute contente quand je l’ai vu arriver dans les livres mis de côté pour les lecteurs !

Évidemment, après autant d’attente, il y avait un vrai risque de déception. Et c’est peu dire que les premières pages m’ont déconcertée. La quatrième de couverture (toujours elle) posait pourtant des bases :

« Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée.
Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?
Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre.
Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.
Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle. »

Dans les premières pages, nous découvrons ainsi le narrateur, et une femme est assassinée… sauf qu’elle est assassinée le matin, et pas dans une demeure anglaise mais dans la forêt.. et le narrateur ne s’appelle pas Aiden Bishop . D’ailleurs, la femme ne s’appelle pas Evelyn Hardcastle non plus.

Est-ce qu’on se serait trompé de livre ?

En plus, ce pauvre narrateur est totalement amnésique. Il ne sait pas ce qu’il fait là, ni même où il est, qui il est, qui sont les autres personnages… Pour nous guider dans une histoire compliquée, on pourrait imaginer mieux…

… mais bien sûr, tout ça est fait exprès. Les pièces sont en train de se mettre en place, rigoureusement, et tout va s’emboiter petit à petit pour faire apparaître une intrigue où il sera effectivement question d’une Evelyn Hardcastle et d’un Aiden Bishop (dans une luxueuse demeure anglaise) mais où surtout chaque petit détail compte, et tout s’assemble dans un formidable jeu d’esprit qui reste brillantissime jusqu’à la fin…

Je ne vous raconte pas (ce serait trop dommage) mais sachez juste que si je suis souvent déçue par les intrigues complexes, là, tout est parfait, sans défaut… et sans qu’on s’y perde (même si j’ai parfois vérifié en retournant quelques pages en arrière si, effectivement, tel personnage avait bien dit ou fait ceci ou cela… sans jamais prendre en défaut l’auteur !).

C’est donc à la fois un livre policier, un jeu d’énigme, et un roman qui s’appuie sur une histoire très réussie (parce que ça pourrait être une « histoire prétexte » à un jeu de virtuosité… mais non). J’ai adoré chacune de ses étapes. Et j’ai même pardonné au narrateur amnésique d’être amnésique. 😉

Gros coup de cœur donc, et dont la couverture est encore plus magnifique en poche (ce qui n’est pas peu dire !).

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