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Mes chroniques lecture

Les Sept Morts d’Evelyn Hardcastle – Stuart Turton

Voici un livre qui, en plus d’avoir une sublime couverture, est tout à fait diabolique. Un manoir anglais, un mystère de famille, une fête de la haute société, un meurtre… tous les ingrédients sont là. Mais avec pourtant une originalité assez… unique (je dirais bien « une originalité très originale » mais ça ne voudrait rien dire… et pourtant, il est original de façon très originale ! :P).

L’éditeur nous annonce la couleur dès la quatrième de couverture : « Mixez Agatha Christie, Downton Abbey et Un jour sans fin… vous obtiendrez le roman le plus divertissant de l’année ».

Avec un tel menu, comment résister ? À force de le voir et le revoir sur les réseaux sociaux, j’ai craqué. Il était disponible par la bibliothèque, il suffisait de réserver… et de patienter. J’étais toute contente quand je l’ai vu arriver dans les livres mis de côté pour les lecteurs !

Évidemment, après autant d’attente, il y avait un vrai risque de déception. Et c’est peu dire que les premières pages m’ont déconcertée. La quatrième de couverture (toujours elle) posait pourtant des bases :

« Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée.
Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?
Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre.
Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.
Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle. »

Dans les premières pages, nous découvrons ainsi le narrateur, et une femme est assassinée… sauf qu’elle est assassinée le matin, et pas dans une demeure anglaise mais dans la forêt.. et le narrateur ne s’appelle pas Aiden Bishop . D’ailleurs, la femme ne s’appelle pas Evelyn Hardcastle non plus.

Est-ce qu’on se serait trompé de livre ?

En plus, ce pauvre narrateur est totalement amnésique. Il ne sait pas ce qu’il fait là, ni même où il est, qui il est, qui sont les autres personnages… Pour nous guider dans une histoire compliquée, on pourrait imaginer mieux…

… mais bien sûr, tout ça est fait exprès. Les pièces sont en train de se mettre en place, rigoureusement, et tout va s’emboiter petit à petit pour faire apparaître une intrigue où il sera effectivement question d’une Evelyn Hardcastle et d’un Aiden Bishop (dans une luxueuse demeure anglaise) mais où surtout chaque petit détail compte, et tout s’assemble dans un formidable jeu d’esprit qui reste brillantissime jusqu’à la fin…

Je ne vous raconte pas (ce serait trop dommage) mais sachez juste que si je suis souvent déçue par les intrigues complexes, là, tout est parfait, sans défaut… et sans qu’on s’y perde (même si j’ai parfois vérifié en retournant quelques pages en arrière si, effectivement, tel personnage avait bien dit ou fait ceci ou cela… sans jamais prendre en défaut l’auteur !).

C’est donc à la fois un livre policier, un jeu d’énigme, et un roman qui s’appuie sur une histoire très réussie (parce que ça pourrait être une « histoire prétexte » à un jeu de virtuosité… mais non). J’ai adoré chacune de ses étapes. Et j’ai même pardonné au narrateur amnésique d’être amnésique. 😉

Gros coup de cœur donc, et dont la couverture est encore plus magnifique en poche (ce qui n’est pas peu dire !).

Les faits et gestes de la famille Papillon – Florence Hinckel

Quel drôle de livre que cette histoire de la famille Papillon ! Vraiment…

Je me suis lancée dedans sans beaucoup hésiter. Il suffit que je sache qu’il était écrit par Florence Hinckel et je plonge les yeux fermés. Yannis (de U4), Le grand saut, et surtout #Bleue qui est l’un de mes livres favoris de tous les temps… J’aime cette manière sensible et juste de décrire les sentiments, les personnages, ces histoires qui font réfléchir…

Autant dire que je n’étais pas préparée à rencontrer la famille Papillon.

Là, on est dans complètement autre chose… Quelque chose de fantaisiste, rigolo, farfelu, coloré, extravagant… exactement comme la couverture.

Nous voici donc embarqués dans la vie de la famille Papillon, et plus précisément celle de Éva Papillon, qui vient de fêter ses 13 ans. Grande fête familiale, comme sa famille farfelue sait si bien les faire… sauf que, le soir, au moment de lui souhaiter une bonne nuit et de lui dire qu’ils l’aiment, son père, sa grand-mère et son arrière-grand-papy lui expliquent qu’elle ne pourra plus jamais quitter leur maison !?

C’est que, dans la famille Papillon, on a un pouvoir assez atypique, que grand-papy Robert va peu à peu lui dévoiler… tandis qu’Éva, qui n’est pas du genre à attendre sans rien faire enfermée dans sa chambre, va chercher à comprendre de son côté.

Oui, parce qu’il faut que je vous dise : le rôle historique de la famille Papillon a été honteusement tu dans les manuels officiels, heureusement que le roman de Florence Hinckel est là pour rétablir enfin la vérité…

Passé la surprise (qui m’a un peu déstabilisée) de ce changement de style, j’ai beaucoup aimé la fantaisie de cette histoire, inventée à partir d’une collection de photos insolites… Certaines sont un peu anecdotiques, d’autres jouent vraiment un rôle dans l’histoire, mais toutes contribuent à ce côté décalé et fantaisiste…

Mais qui est ce mystérieux enfant ? Et à qui appartient cette ombre ?
Cette photo-ci va jouer un rôle important dans l’histoire…

J’ai beaucoup aimé aussi les histoires de grand-papy Robert, savoureuse réécriture d’événements réels plus ou moins connus… Florence Hinckel joue avec les situations, les références… Des clins d’œil que mes deux ados ont bien apprécié aussi.

Même si elle écrit dans un genre très différent, on retrouve la finesse de son écriture, des personnages vivants et réussis… mon coup de cœur va au chien Tchouki qui est vraiment irrésistible ! 😛

C’est un livre qui se lit très vite, et qu’on finit avec un goût de trop peu… le tome 2 est à la bibliothèque, il faut que je me le procure ! Mes deux miss l’ont déjà lu… et attendent avec impatience le tome 3, qui vient de sortir.

Ceci-dit, contrairement aux autres romans de Florence Hinckel que j’ai lu, celui-ci est clairement destiné à des enfants plus jeunes (l’éditeur dit 10-14 ans, je suis assez d’accord avec lui). Certains rebondissements ne sont pas vraiment des surprises pour des yeux d’adulte… mais pas grave, parce qu’on est là pour passer un bon moment, et c’est réussi !

Une dernière anecdote pour la route ?

Les pouvoirs familiaux ont aussi leur face sombre… mais chut… je vous laisse découvrir !

Pour feuilleter les premières pages, sur le site de l’éditeur, c’est ici.

Et pour découvrir (un peu) la collection de photos de Jean-Marie Donat, c’est là.

Coraline – Neil Gaiman (illustré par Aurélie Neyret)

Dans la maison de Neil Gaiman, quand il était petit, il y avait une porte qui ouvrait sur un mur. C’est comme ça qu’il a eu l’idée, des années plus tard, de l’histoire de Coraline.

J’ai lu ça quelque part – je ne sais pas si c’est vrai, mais je l’imagine tellement, cet « enfant sauvage élevé dans une bibliothèque » (c’est comme ça qu’il décrit son enfance) devant cette porte fermée, essayant par la force de son imagination de découvrir ce qui se cache de l’autre côté…

Coraline aussi est une petite fille un peu sauvage, enfin laissée à elle-même pendant que ses parents travaillent sur leur ordinateur. Dans leur nouvelle maison, elle n’a pas grand chose à faire, alors elle explore : la maison, le jardin… et elle découvre cette porte fermée à clef qui ne semble mener nulle part.

Bien sûr, sa maman lui montre : la porte s’ouvre et derrière, c’est un mur. Mais tout de même, pourquoi fermer cette porte à clef ?

… bien sûr, Coraline va franchir la porte, et bien sûr, derrière cette porte, se cache un monde extraordinaire, fabuleux et inquiétant…

Coraline, j’en avais entendu parler, forcément, entre le succès du livre et l’adaptation en film. C’est devenu une sorte de classique de littérature jeunesse. Pourtant, je ne l’avais jamais lu. J’avais des images en tête (l’affiche du film, en fait), j’imaginais un univers à la Tim Burton, mais cela ne m’attirait pas plus que ça.

Ce qui m’a décidé à le lire, c’est la sortie de la très belle version illustrée par Aurélie Neyret. C’est-à-dire que, sans savoir qui était l’illustratrice, j’ai été happée par la couverture… et je me suis dit : « et si je le lisais, finalement, ce livre ? »

C’est vrai qu’il y a quelque chose de Alice au Pays des Merveilles dans Coraline : le monde extraordinaire derrière la porte, la fantaisie des personnages… mais un pays des merveilles maléfique, où il faut se méfier des apparences et où les choses cachent une noirceur qui finit toujours par sortir…

Aurélie Neyret sait à merveille recréer cette ambiance inquiétante, dans les images les plus colorées comme dans les dessins en noir et blanc…

C’est un belle histoire, captivante, qui fait un peu peur (mais pas trop), dans laquelle mes deux grandes miss de 13 et 15 ans ont plongé avec délices… et moi aussi.

Ces yeux remplacés par des boutons, qui m’avaient paru anecdotiques quand j’avais entendu parler du film, sont une vraie trouvaille, qui nous fait passer de quelque chose d’enfantin et presque adorable (la poupée ou l’ours de notre enfance) à quelque chose de soudain inquiétant, et même glaçant…

Entre ces deux mondes erre un chat noir mystérieux, plein de sagesse mais pas toujours bienveillant, étrange, inquiétant ou réconfortant, formidable personnage énigmatique…

On s’étonne avec Coraline, on tremble avec elle, et l’histoire est riche de ces petits détails qui donnent à l’objet le plus banal un pouvoir extraordinaire.

Tout est merveilleusement construit, de bout en bout.

Un classique qui mérite sa place de classique !

À partir de quel âge ? Je me suis posé la question, cherchant des livres pour des CE1/CE2. Et même pour mon grand de CM2. J’ai lu partout que c’était un excellent livre d’horreur à partir de 13 ans… et il y a de ça, incontestablement.

Mais pour les plus grands, c’est vraiment un livre à conseiller, surtout dans cette très belle version illustrée.

À vous de le lire, et de me dire ce que vous en pensez ! Et pour en savoir plus sur l’histoire, je vous laisse écouter cette chronique de France Inter, où une libraire le raconte (mais pas trop) merveilleusement bien… Il suffit de cliquer ici.

Un si petit oiseau – Marie Pavlenko

« Un si petit oiseau, c’est le seul livre où, quand je viens le finir, j’ai tout de suite envie de relire. » C’est ce que m’a déclaré ma miss avant d’ajouter, pour la millième fois : « tu devrais trop le lire. »

J’ai d’abord lu, pourtant, Et le désert disparaîtra (il faudra que je vous en parle, d’ailleurs…). Et puis, Je suis ton soleil, le seul livre qui a su me faire rire et pleurer en même temps.

Mais celui-ci, Un si petit oiseau, je le gardais « pour plus tard. » Comme un petit trésor pour les jours difficiles, peut-être. Parce qu’une fois que je l’aurais lu, est-ce que j’aurais encore autre chose à découvrir d’aussi sensible, drôle, vrai ?

Mais j’avais toujours en tête le conseil de ma miss. Et, finalement, il y a deux mois, alors que j’avais du mal à lire (trop de fatigue, de soucis, de préoccupations), je le lui ai emprunté.

Je l’ai dévoré d’un coup, bien sûr.

Elle m’avait prévenu : « tu verras, ça commence mal, mais ça s’arrange après. » Et c’est vrai que pour Abigail, ça commence vraiment mal : un accident de voiture, soudain, et elle perd son bras.

L’hôpital, la rééducation… Marie Pavlenko ne nous raconte pas. On (re)commence avec Abi à son retour à la maison. Une nouvelle maison ; pour lui épargner le retour dans son ancien quartier, lui offrir une nouvelle vie, ses parents ont déménagé. Abi a tout à réapprendre… Mais comment pourrait-elle reprendre sa vie d’étudiante, ses sorties, avec ce bras en moins, la douleur, le regard des autres, les médicaments qui embrument le cerveau ? Alors que chaque geste de la vie quotidienne est difficile ?

Marie Pavlenko nous emmène au plus vrai de cette histoire, de ces personnages. Dans le quotidien qui paraît ordinaire mais où tout ce qui est important se passe vraiment.

Avec Abi, elle nous amène à changer de regard. Sur Abi, sur ce handicap et sur ce qu’il veut dire. Sur ceux qui l’entourent : sa mère, toujours attentive, sa sœur, qui doit apprendre aussi à vivre avec « ça », son père qui plaisante sur tout, sa tante excentrique aux idées frappadingues…

Apprendre à ouvrir son regard au monde, aux autres, à la vie.

Comme un immense bol d’oxygène (et ça fait du bien, en ce moment, l’oxygène…).

Ma miss de 13 ans adore ce livre depuis qu’elle l’a découvert, à Noël, peu après ses 12 ans. Une de mes amies d’un peu plus de 60 ans est en train de le lire et se régale aussi (elle a un peu triché pour aller voir si, à la fin… mais chut, je dis rien !). Et moi, du haut de mes 40 et quelques années… vous l’aurez deviné, j’ai adoré aussi. 😉

Marie Pavlenko a un regard juste et sensible, qui parle à tout le monde. Comme dit mon amie « c’est marqué que c’est un livre pour les ados mais c’est un livre pour tout le monde, en fait. »

Si Marie Pavlenko a un regard si juste, c’est aussi que le sujet la touche (bien qu’elle ait ses deux bras), elle le raconte à la fin (la partie que ma miss préfère !).

C’est un livre qui parle du handicap, un peu, des gens, surtout, de la vie, de la littérature, de l’amour entre les gens et de la nature dont la beauté, avec l’amour, guérit peut-être de tout…

Marie Pavlenko raconte son livre (sans raconter) en cinq mots, et c’est encore une fois merveilleux et pertinent, avant, pendant ou après avoir lu le livre.

Et, sur le site de l’éditeur, le lien pour feuilleter et découvrir les premières pages…

La Médecin – Karine Lacombe, Fiamma Luzzati

Faut-il parler (encore) du coronavirus ?

J’ai lu cette BD il y a quelques temps, pas chroniqué tout de suite, et je me suis posé la question. On en parle tellement, du coronavirus… depuis un an, la pandémie rythme notre vie, envahit les nouvelles, et nous contraint (beaucoup)…

Alors, reparler de ce qui s’est passé il y a un an, de ce qui est devenu « la première vague », est-ce vraiment nécessaire ?

Je crois que oui.

Justement parce qu’on s’est tellement habitué. La Covid (on a même appris à dire la Covid), pour nous, c’est le masque qui nous embête, le couvre-feu, le confinement/déconfinement/reconfinement, les cinémas fermés, les commerces où on n’entre plus comme avant… On a un peu oublié ce(ux) à quoi (à qui) on pensait il y a un an : les malades, et les soignants qui se dévouaient, et qu’on applaudissait aux fenêtres…

Fiamma Luzzati est auteur BD. Karine Lacombe est infectiologue, soudainement devenue célèbre au moment de la pandémie. Cette BD, écrite ensemble, nous plonge dans la vie à l’hôpital au temps du coronavirus, auprès des médecins, mais aussi des infirmières, psychologues, voisins, et puis des patients, à travers le personnage fictif de Livia…

On (re)découvre à quel point tout le monde a été pris de court par ce virus auquel personne ne voulait croire… Il y a un an, quand on bavardait tranquillement de l’épidémie près de la machine à café, sans porter de masque…

Vous vous rappelez ? Ça paraît tellement surréaliste maintenant…

On redécouvre aussi l’arrivée de la maladie dans les urgences, ou plutôt on la découvre parce que, tranquillement confinés chez nous (et je pèse mes mots, même si mon « confinement tranquille » a été marqué par la maladie) on n’a pas vraiment mesuré ce que vivaient les soignants…

Alors, c’est un récit au jour le jour, un récit témoignage, avec un dessin sobre qui ne cherche pas à « faire joli » mais qui nous raconte, tout simplement.

Un récit qui met aussi en scène ce qui était précieux dans cette période et qu’on a aussi un peu oublié : la solidarité, l’humanité, l’attention aux autres… et le dévouement de tous ceux qui faisaient face, et le font encore, à l’hôpital.

Qui nous rappelle aussi que ce virus est complexe, retors, et tout sauf anodin…

Il se lit d’une traite, et laisse cette impression étrange d’avoir à la fois retrouvé des événements connus et de les découvrir pour la première fois.

Les auteurs ont accompagné la sortie du livre (au moment de la deuxième vague) par un blog, alternant les mots sensibles de Karine Lacombe et les dessins (extraits de la BD ou inédits) de Fiamma Luzzati – la dessinatrice poursuit aussi son travail autour du coronavirus sur son propre blog.

On peut ainsi lire d’un côté un beau témoignage sur « le Covid long » par Karine Lacombe, daté du 1er décembre. Et de l’autre, en écho, cet autre témoignage en BD, sur le blog de Fiamma Luzzati. Parlent-elles de la même personne ? Peut-être. Là encore, les regards des deux femmes se complètent, avec une même humanité, une même attention à l’autre…

Comme l’épidémie, leur travail à chacune se poursuit…

L’empreinte – Alex Marzano-Lesnevich

Il y a des livres, en bibliothèque, on a du mal à les classer. C’était le cas de L’empreinte, fraîchement arrivé dans nos achats de l’année. Oh, j’en avais entendu parler, beaucoup, en bien, mais j’en gardais un souvenir trop vague, ne l’ayant pas lu…

Est-ce que c’était un roman ? Un policier ? Une histoire autobiographique ? Une enquête sur des faits réels ? Une enquête sur la peine de mort (à mettre en documentaire, rayon société) ? Il avait eu le prix du livre étranger 2019 (pas sûr que ça nous aide beaucoup). Et le prix des lectrices Elle, catégorie Documents (là, c’était sûr, c’est une histoire vraie, non ?).

Après quelques discussions avec mes collègues, quelques recherches sur internet, nous avons décidé de le mettre en « 920 – Biographies ». Pour l’histoire vraie.

Et moi, j’ai décidé de le lire, histoire d’en avoir le cœur net.

J’ai été prise comme par une fiction, une fiction forte… sauf que tout y est vrai.

L’empreinte, ce sont deux histoires (et même un peu plus) qui se rencontrent. Un fait divers, comme on dit : le meurtre d’un petit garçon de six ans, par un pédophile. Ce fait divers heurte la vie d’Alexandria Marzano-Lesnevich, étudiante en droit, alors qu’elle commence son stage de première année dans un cabinet d’avocat spécialisé dans la peine de mort.

Et ce jour-là, ce sont des histoires multiples qui se collisionnent : celle de Ricky Langley, condamné pour ce meurtre qu’il a avoué, qui attend son procès d’appel. Celle de Jérémy, le petit garçon qu’il a tué. Celle d’Alexandria, dont le passé résonne avec cette histoire, qui veut comprendre. Celles aussi de Lorilei, la mère de Jérémy. Celle des parents de Ricky, de sa famille. Celle de Terry, Pearl, chez qui Ricky habite. Celle des policiers qui mènent l’enquête, celle du juge, des jurés…

Alex Marzano-Lesnevich démêle tous ces fils, à moins qu’elle ne les tisse entre eux, pour chercher un sens qu’on ne peut jamais cerner tout à fait. Elle fait revivre tous ces personnages, à travers une foule de petits détails réinventés : les motifs d’une robe, l’odeur de l’herbe coupée… Elle nous entraîne dans un récit incroyablement bien construit, dur parfois, forcément, où tout sonne vrai comme dans un roman mais où, comme dans la réalité, on n’obtient pas toujours toutes les réponses.

Elle nous entraîne dans ce récit nourri de fiction mais d’une rigueur absolue, où un « peut-être », ou un « je l’imagine ce jour-là » marquent discrètement la frontière de ce qui a été « réinventé ».

Ses personnages ne révèlent jamais tout à fait leurs secrets, on a l’impression de les connaître, pourtant, on découvre combien même les « monstres » ont plusieurs facettes, que rien n’est jamais simple…

À la fin, rien n’est complètement résolu mais les choses arrivent tout de même à une conclusion – cette forme de conclusion qui permet de continuer à vivre, de se dire qu’on n’a pas fait « le tour de la question » (on ne le fera jamais) mais qu’on a remis les choses assez en ordre pour aller de l’avant…

C’est un beau livre, difficile, très bien traduit aussi dans un français agréable à lire. Pas un livre léger pour se détendre, c’est sûr, mais un livre à lire, sûrement aussi…

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