Catégorie : Romans jeunesse

Les faits et gestes de la famille Papillon – Florence Hinckel

Quel drôle de livre que cette histoire de la famille Papillon ! Vraiment…

Je me suis lancée dedans sans beaucoup hésiter. Il suffit que je sache qu’il était écrit par Florence Hinckel et je plonge les yeux fermés. Yannis (de U4), Le grand saut, et surtout #Bleue qui est l’un de mes livres favoris de tous les temps… J’aime cette manière sensible et juste de décrire les sentiments, les personnages, ces histoires qui font réfléchir…

Autant dire que je n’étais pas préparée à rencontrer la famille Papillon.

Là, on est dans complètement autre chose… Quelque chose de fantaisiste, rigolo, farfelu, coloré, extravagant… exactement comme la couverture.

Nous voici donc embarqués dans la vie de la famille Papillon, et plus précisément celle de Éva Papillon, qui vient de fêter ses 13 ans. Grande fête familiale, comme sa famille farfelue sait si bien les faire… sauf que, le soir, au moment de lui souhaiter une bonne nuit et de lui dire qu’ils l’aiment, son père, sa grand-mère et son arrière-grand-papy lui expliquent qu’elle ne pourra plus jamais quitter leur maison !?

C’est que, dans la famille Papillon, on a un pouvoir assez atypique, que grand-papy Robert va peu à peu lui dévoiler… tandis qu’Éva, qui n’est pas du genre à attendre sans rien faire enfermée dans sa chambre, va chercher à comprendre de son côté.

Oui, parce qu’il faut que je vous dise : le rôle historique de la famille Papillon a été honteusement tu dans les manuels officiels, heureusement que le roman de Florence Hinckel est là pour rétablir enfin la vérité…

Passé la surprise (qui m’a un peu déstabilisée) de ce changement de style, j’ai beaucoup aimé la fantaisie de cette histoire, inventée à partir d’une collection de photos insolites… Certaines sont un peu anecdotiques, d’autres jouent vraiment un rôle dans l’histoire, mais toutes contribuent à ce côté décalé et fantaisiste…

Mais qui est ce mystérieux enfant ? Et à qui appartient cette ombre ?
Cette photo-ci va jouer un rôle important dans l’histoire…

J’ai beaucoup aimé aussi les histoires de grand-papy Robert, savoureuse réécriture d’événements réels plus ou moins connus… Florence Hinckel joue avec les situations, les références… Des clins d’œil que mes deux ados ont bien apprécié aussi.

Même si elle écrit dans un genre très différent, on retrouve la finesse de son écriture, des personnages vivants et réussis… mon coup de cœur va au chien Tchouki qui est vraiment irrésistible ! 😛

C’est un livre qui se lit très vite, et qu’on finit avec un goût de trop peu… le tome 2 est à la bibliothèque, il faut que je me le procure ! Mes deux miss l’ont déjà lu… et attendent avec impatience le tome 3, qui vient de sortir.

Ceci-dit, contrairement aux autres romans de Florence Hinckel que j’ai lu, celui-ci est clairement destiné à des enfants plus jeunes (l’éditeur dit 10-14 ans, je suis assez d’accord avec lui). Certains rebondissements ne sont pas vraiment des surprises pour des yeux d’adulte… mais pas grave, parce qu’on est là pour passer un bon moment, et c’est réussi !

Une dernière anecdote pour la route ?

Les pouvoirs familiaux ont aussi leur face sombre… mais chut… je vous laisse découvrir !

Pour feuilleter les premières pages, sur le site de l’éditeur, c’est ici.

Et pour découvrir (un peu) la collection de photos de Jean-Marie Donat, c’est là.

Coraline – Neil Gaiman (illustré par Aurélie Neyret)

Dans la maison de Neil Gaiman, quand il était petit, il y avait une porte qui ouvrait sur un mur. C’est comme ça qu’il a eu l’idée, des années plus tard, de l’histoire de Coraline.

J’ai lu ça quelque part – je ne sais pas si c’est vrai, mais je l’imagine tellement, cet « enfant sauvage élevé dans une bibliothèque » (c’est comme ça qu’il décrit son enfance) devant cette porte fermée, essayant par la force de son imagination de découvrir ce qui se cache de l’autre côté…

Coraline aussi est une petite fille un peu sauvage, enfin laissée à elle-même pendant que ses parents travaillent sur leur ordinateur. Dans leur nouvelle maison, elle n’a pas grand chose à faire, alors elle explore : la maison, le jardin… et elle découvre cette porte fermée à clef qui ne semble mener nulle part.

Bien sûr, sa maman lui montre : la porte s’ouvre et derrière, c’est un mur. Mais tout de même, pourquoi fermer cette porte à clef ?

… bien sûr, Coraline va franchir la porte, et bien sûr, derrière cette porte, se cache un monde extraordinaire, fabuleux et inquiétant…

Coraline, j’en avais entendu parler, forcément, entre le succès du livre et l’adaptation en film. C’est devenu une sorte de classique de littérature jeunesse. Pourtant, je ne l’avais jamais lu. J’avais des images en tête (l’affiche du film, en fait), j’imaginais un univers à la Tim Burton, mais cela ne m’attirait pas plus que ça.

Ce qui m’a décidé à le lire, c’est la sortie de la très belle version illustrée par Aurélie Neyret. C’est-à-dire que, sans savoir qui était l’illustratrice, j’ai été happée par la couverture… et je me suis dit : « et si je le lisais, finalement, ce livre ? »

C’est vrai qu’il y a quelque chose de Alice au Pays des Merveilles dans Coraline : le monde extraordinaire derrière la porte, la fantaisie des personnages… mais un pays des merveilles maléfique, où il faut se méfier des apparences et où les choses cachent une noirceur qui finit toujours par sortir…

Aurélie Neyret sait à merveille recréer cette ambiance inquiétante, dans les images les plus colorées comme dans les dessins en noir et blanc…

C’est un belle histoire, captivante, qui fait un peu peur (mais pas trop), dans laquelle mes deux grandes miss de 13 et 15 ans ont plongé avec délices… et moi aussi.

Ces yeux remplacés par des boutons, qui m’avaient paru anecdotiques quand j’avais entendu parler du film, sont une vraie trouvaille, qui nous fait passer de quelque chose d’enfantin et presque adorable (la poupée ou l’ours de notre enfance) à quelque chose de soudain inquiétant, et même glaçant…

Entre ces deux mondes erre un chat noir mystérieux, plein de sagesse mais pas toujours bienveillant, étrange, inquiétant ou réconfortant, formidable personnage énigmatique…

On s’étonne avec Coraline, on tremble avec elle, et l’histoire est riche de ces petits détails qui donnent à l’objet le plus banal un pouvoir extraordinaire.

Tout est merveilleusement construit, de bout en bout.

Un classique qui mérite sa place de classique !

À partir de quel âge ? Je me suis posé la question, cherchant des livres pour des CE1/CE2. Et même pour mon grand de CM2. J’ai lu partout que c’était un excellent livre d’horreur à partir de 13 ans… et il y a de ça, incontestablement.

Mais pour les plus grands, c’est vraiment un livre à conseiller, surtout dans cette très belle version illustrée.

À vous de le lire, et de me dire ce que vous en pensez ! Et pour en savoir plus sur l’histoire, je vous laisse écouter cette chronique de France Inter, où une libraire le raconte (mais pas trop) merveilleusement bien… Il suffit de cliquer ici.

Maarron – Håkon Øvreås

Comment, vous ne connaissez pas Maarron, le superhéros ? Bon, soyons honnête, jusqu’il y a deux semaines, moi non plus.

Enfin, j’en avais entendu parler, je me souvenais d’une série de romans jeunesse écrits par un auteur scandinave, dont on m’avait dit du bien, avec une histoire d’enfants qui devenaient des superhéros et un titre qui rappelait une couleur. (Je vous laisse imaginer la tête de mon libraire préféré quand je lui ai dit que je cherchais ça, avec à peu près ces détails-là… eh bien, croyez-le si vous voulez, mais il me l’a retrouvé, Maarron… après être tombé trois fois sur la page des Maroon 5 !).

Depuis le temps que j’en avais entendu parler, donc, les achats de cette année pour la bibliothèque ont été l’occasion idéale. Parce que ces achats, nous avons dû les faire pendant la fermeture des librairies, et en tant que bénévoles, nous n’avions pas de dérogation pour y aller… le choix s’est donc fait depuis chez nous, sans pouvoir nous réunir, avec des heures de calcul et de discussions… les bons titres qu’on gardait dans un coin, c’était le moment de les sortir !

C’est donc avec un souvenir assez vague que j’ai commencé ma lecture… comme souvent, ce n’était pas tout à fait ce à quoi je m’attendais.

Il y a de l’humour, bien sûr, mais on est surtout dans la sensibilité, l’émotion, les vrais sentiments de l’enfance : les amitiés indéfectibles, les grands qui jouent à embêter, le chagrin qu’on ne sait pas dire, l’imagination qui s’invite dans le réel…

Aaron vient de perdre son grand-père. L’auteur nous le raconte à hauteur d’enfant, quand on ne comprend pas très bien ces choses dont parlent les adultes, et que ce sont les petits détails du quotidien qui ressortent avec intensité…

Tout sonne juste, en fait : la cabane construite avec son copain Norbert, ses conversations avec son amie Claire dont la chambre est couverte de posters de chevaux…

« Tu aimes bien les chevaux ? » demanda Aaron.

« Non, en fait, pas trop. C’est ma sœur qui m’a donné ses posters, elle n’en voulait plus. Elle s’est dit qu’à force de les regarder, je finirais par m’intéresser à l’équitation. »

« Et alors ? Ça marche ? »

« Pour l’instant, j’en sais rien. Je vais essayer encore un mois. »

Son imagination et son ingéniosité pour se venger des terribles garnements qui ont démoli sa cabane.

Et le texte est illustré, avec la même justesse et la même sensibilité…

C’est un petit roman qui se lit très vite. Je l’ai lu d’une traite, et ma miss de 13 ans et mon loulou de 10 ans aussi.

Quand on en a parlé, ils ne m’ont trop rien dit. Pas un coup de cœur pour eux, je crois qu’ils s’attendaient à quelque chose plus dans l’humour ou l’aventure, vu ce que je leur en avais dit. Parce ce que c’est vrai, on est plus dans le récit d’enfance que dans le roman de superhéros !

Mais au moment de venir manger, ou d’éteindre pour se coucher, Maarron a été bien difficile à laisser de côté… donc je pense que je peux continuer à le proposer à la bibliothèque, en parlant plus d’Aaron, et moins de Maarron ?

… et pour lire un extrait, il suffit de cliquer ici (extrait sur le site de l’éditeur).